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Végétalisation à Toulouse : ces projets qui veulent rendre la ville plus respirable

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Îlots de fraicheur, canopées ou forêts urbaines... Des mots qui commencent à trouver leur place dans le vocabulaire des élus et des citoyens des grandes villes, de plus en plus exposées aux températures estivales toujours plus extrêmes. Le projet MApUCE, une simulation climatique détaillée menée par le CNRS et Météo France, met en garde : à Toulouse, 48% de la population est exposée à un îlot de chaleur urbain fort et 45% à un îlot non négligeable. La valeur maximum de l’îlot de chaleur observée à Toulouse est de + 4,02°, soit une forte exposition.

Consciente de cette problématique, la municipalité de Toulouse entend bien végétaliser la ville, dans l’optique de recréer des îlots de fraicheur qui pourront rendre la ville à nouveau vivable et respirable en été. Mais l’étalement urbain assorti de son lot d’artificialisation des sols ne joue pas en la faveur d’une végétalisation de la ville. Des plans spécifiques sont donc mis en place afin de pouvoir atteindre les objectifs et rendre à Toulouse un peu de sa nature.

Municipalité, associations, collectifs citoyens.. Chacun y va de son idée afin de faire de Toulouse un endroit plus agréable à vivre l’été. Les promoteurs immobiliers participent également à leur échelle à rendre la vie des toulousains plus agréable en implantant de plus en plus de cœur d’îlot végétalisés au sein de leurs programmes neufs à Toulouse.

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Végétalisation des villes : à quoi ça sert ?

Toulouse est loin d’être la seule ville concernée par une politique de végétalisation urbaine. Besoins accrus en logements, création de grandes zones commerciales, places commerçantes bétonnisées... La minéralisation des villes a pris de l’ampleur en même temps que l’étalement urbain et pose désormais de nombreux problèmes.

Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur urbain?

Un îlot de chaleur urbain peut être défini comme la différence de température de l’air entre une zone urbaine et les zones rurales alentours. Il peut avoir plusieurs causes:

  • L’architecture : dimension et espacement des immeubles, matériaux utilisés...
  • L’artificialisation des sols : les matériaux utilisés pour les voieries et bâtiments stockent largement la chaleur.
  • La concentration de la population : l’activité humaine est source d’émission de chaleur

Remplacer les îlots de chaleur urbains par des îlots de fraicheur végétaux

Le premier impact de taille de la minéralisation des villes est la création d’îlots de chaleur urbains rendant la ville difficilement respirable. Afin de contrebalancer ce phénomène, la création d’îlots de fraicheur, c’est-à-dire la plantation d’arbres ou de végétaux donnant accès à des coins d’ombre où les températures sont moins élevées, est préconisée.

Des îlots de fraicheur existent déjà naturellement, comme par exemple des zones boisées ou les abords de cours d’eau, mais ils ne sont pas suffisamment nombreux dans les grandes villes. C’est pourquoi il est nécessaire d’en recréer, et notamment dans des endroits où la minéralisation est très présente.

La végétalisation des villes pour limiter les pollutions

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La végétalisation des villes n’apporte pas seulement de la fraicheur aux villes. Les végétaux disposent d’autres propriétés qui peuvent aider à rendre la ville plus respirable, au sens propre, puisqu’ils participent à la limitation de la pollution en ville.

Leur rôle le plus connu est celui de filtration des particules et polluants atmosphériques. Ils participent par exemple à assainir l’air en milieu urbain, en agissant sur la fixation des métaux lourds. Un arbre adulte peut ainsi piéger jusqu’à 20kg/an de particules selon un rapport de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie).

Cependant il faut nuancer cette capacité, puisque certains arbres peuvent également participer à la pollution de l’air, notamment par l’émission de COVs, des composés organiques volatils responsables de l’ozone, très nocif pour la santé. Par ailleurs, certaines espèces de végétaux émettent des pollens fortement allergènes, responsables de nuisances sanitaires chez certaines personnes.

Ramener de la nature en ville peut également être utile pour lutter contre la pollution des sols. Si elle ne permet pas de dépolluer totalement les sols, la végétalisation des espaces urbains contribue en tout les cas à une meilleure gestion des sols pollués. Les techniques de phytotechnologies peuvent être utilisées en complément ou comme alternative douce aux techniques traditionnelles de gestion des sols pollués (comme les traitements physiques ou chimiques ou les mises en décharges). La plantation d’arbres et végétaux sur des sols pollués permet d’améliorer la qualité des sols, et permet également d’éviter les transferts de contaminants dans l'environnement.

La végétalisation peut également participer à diminuer la pollution sonore des zones urbaines. Si elle n’a pas d’effet “écran” direct, elle permet d’atténuer la résonnance dans certaines conditions : les surfaces au sol, façades et toitures végétalisées peuvent apporter des gains acoustiques sans toutefois atténuer totalement le bruit. Cependant, il a été observé que la végétalisation d’un espace influe fortement sur l’appréciation positive de l’ambiance sonore que chacun se fait d’un endroit.

La végétalisation urbaine pour une meilleure gestion des inondations

Selon l’ADEME, les inondations constituent le premier risque naturel en France, avec 16 000 communes concernées et des dégâts représentant environ 250 millions d’euros par an. Pourtant ces phénomènes pourraient être réduits, simplement en végétalisant un peu plus les espaces, notamment urbains.

Différents éléments végétalisés peuvent contribuer à cette meilleure gestion du risque d’inondation, en ville mais également en amont des zones urbaines :

  • Les surfaces plantées d’arbres en ville contribuent à limiter la part des eaux pluviales qui ruisselle, puisqu’une partie de ces eaux est interceptée par la végétation qui va la “transpirer”.
  • les toitures végétalisées, que l’on peut trouver sur de plus en plus de programmes immobiliers neufs, permettent également de limiter le ruissellement en infiltrant et transpirant les eaux de pluie.
  • Les ouvrages végétalisés destinés à stocker temporairement les eaux de pluie ou à les infiltrer aident également à mieux gérer les trop fortes pluies et ainsi à limiter les risques d’inondation. Il peut s’agir de fossés, tranchées d’infiltration, bassins de rétention ou d’infiltration, jardins de pluie...

Rendre la ville plus agréable et attractive

Si l’on met de côté les considérations techniques et environnementales de la végétalisation des villes, ramener la nature en zone urbaine permet tout simplement de la rendre plus attractive et plus respirable. Ce n’est pas pour rien que de plus en plus de programmes immobiliers neufs se dotent de cœur d’îlots végétalisés ou de jardin commun paysagers.

La végétalisation des espaces participe ainsi à un meilleur cadre de vie et augmente dans le même temps la valeur de l’emplacement. Disposer d'espaces verts à proximité, si ce n’est chez soi, est devenu d’autant plus important avec la crise de la Covid-19. Avoir accès à des espaces plus végétalisés et agréables à vivre fait réellement partie désormais des exigences des citadins.

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Le plan de végétalisation de la Mairie de Toulouse

A Toulouse, la municipalité a bien pris en compte la problématique de la trop grande minéralisation de la ville. Afin de remédier à cette situation, une politique de re végétalisation de la ville est menée par la Mairie, avec des objectifs ambitieux à horizon 2030.

Objectif 100 000 nouveaux arbres d’ici 2030

Avec son Plan Arbres, la municipalité promet de verdir durablement Toulouse, en plantant 10 000 arbres par an entre 2020 et 2030. Soit un total de 100 000 arbres, qui seront répartis entre les grands espaces verts déjà existants, comme la zone verte de Pech David, le bassin de Ginestous ou la zone verte des Argoulets, et les espaces publics plus minéralisés, afin de contrer les fameux îlots de chaleur.

L’objectif étant de développer et équilibrer la couverture végétale sur l’ensemble de la ville, les essences qui seront choisies devront être capables de résister à l’environnement qui les entoure, et surtout à des températures de plus en plus fortes. Les plantations dans les espaces privés sont également fortement encouragées. La mairie a d’ailleurs mis à disposition d'un arboriculteur de la région l’un de ses terrains, afin qu’il y plante 10 400 arbres fruitiers dans le cadre du projet de “ferme urbaine” ouverte aux Toulousains.

Re végétalisation de l’espace public, comment s’y prendre ?

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La plantation d’arbres dans des espaces verts déjà existants est probablement l’une des solutions les plus simples pour augmenter le nombre d’arbres en ville. Cependant, il est nécessaire de végétaliser l’espace public en lui-même : les places et autres avenues ou boulevard très passants ont eux aussi besoin de pouvoir offrir ombre et fraicheur aux personnes qui y circulent.

A titre d’exemple, la place Guy-Hersant, au pied de la caserne Niel n’a pas ravi les riverains lors de sa réfection en mai dernier. Une place quasi intégralement minérale, que les habitants du quartier craignaient de voir devenir un nouvel îlot de chaleur. Suite aux protestations, la Mairie a fait part de sa volonté de planter quelques nouveaux arbres et de “débitumiser” une partie de la place.

La plantation d’arbres sur des espaces publics déjà présents n’est pas aussi simple que ce que l’on pourrait penser. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte et coûtent cher. La présence des réseaux souterrains est notamment un problème majeur qui a poussé la municipalité à arracher plusieurs arbres fraichement plantés Rue des Casernes.

Dans le quartier Saint-Cyprien, des solutions ont tenté d’émerger afin de rendre plus simple la végétalisation de l’espace public. L’installation de corolles expérimentales supposées accueillir de la végétation afin de créer des points d’ombre et de fraicheur est pour l’instant infructueuse. Les espèces plantées ne sont pas adaptées, il va donc falloir les modifier. Cependant, cette expérimentation de la start-up Urban Canopee a pris dans d’autres villes, en France comme à l’étranger. Et pourrait donc s’avérer être une solution efficace à termes.

“Si c’est concluant, nous pourrons envisager d’utiliser cette solution en d’autres lieux comme par exemple dans des cours d’écoles. Tout ce qui peut nous mener vers une végétalisation, là où on ne peut pas planter des arbres, est intéressant.”

Bertrand Serp, vice- président de Toulouse métropole et porteur du projet

Pour autant, plusieurs projets de végétalisation des espaces publics ont été menés à terme. 29 magnolias ont par exemple été plantés dans la rue Alsace-Lorraine. Sur les ramblas Jean-Jaurès, le projet prévoyait justement de fournir aux toulousains ombre et fraicheur grâce à une végétation fournie. Au final, ce sont 150 arbres et environ 37 500 arbustes bas qui ont été plantés.

Zoom sur le Grand Parc Garonne, projet phare de la municipalité

S’il y a bien un projet qui met la végétation au cœur de la ville, c’est celui du Grand Parc Garonne porté par Jean-Luc Moudenc. Sur l’Île du Ramier, la verdure sera au rendez-vous pour offrir aux toulousains un véritable poumon vert, un Central Park à la française. Au mois de juillet, devant la piscine Nakache, une vaste prairie avait d’ores et déjà poussé à la place de l’ancien parking du parc des Expositions. D’ici 2025, ce sont dix hectares supplémentaires de béton qui vont céder leur place à de la végétation sur l’Île du Ramier. Il y aura donc au total 13 hectares de parcs et jardin en place et lieux de bâtiments, voieries ou parkings.

Des oasis de verdure dans les écoles

Autre projet qui se développe de plus en plus à Toulouse, comme dans d’autres villes, les “cours oasis” dans les écoles. Concrètement, il s’agit de mettre de côté le traditionnel béton afin de laisser la place à la terre. Qu’il s’agisse d’écoles neuves, comme l’école Jean Zay à Borderouge, livrée à la rentrée 2020, ou de rénovations, l’objectif est de végétaliser les cours de récréation. Plusieurs écoles toulousaines vont donc voir leurs cours végétalisées, à l’image de l’école maternelle Ferdinand de Lesseps aux Pradettes ou l’école Geroges Mailhos à Malepère. Cette dernière, construite en 2019, va quant à elle voir sa cour de récréation étendue au bois attenant.

“Ces projets intègrent différents types de revêtement, des sols drainants, des sols poreux, une plus grande part de végétaux, de la pleine terre. Désormais, dès que l’on décide de rénover une cour d’école, ces grands principes sont intégrés. La cour est totalement décroûtée, les réseaux sont refaits, l’enrobé est remplacé par des sols clairs et drainant. En fonction des réseaux, nous plantons des arbres et on laisse au maximum de la pleine terre autour de ces arbres. Les retours sont très positifs. Les enfants sont plus vigilants avec l’ajout d’éléments dans la cour et cela permet d’avoir moins d’accidents.”

Marion Lalanne de Laubadère, adjointe à la mairie de Toulouse

Des initiatives citoyennes et associatives

©Mikalai Kachanovich

La Mairie de Toulouse appelle également les citoyens à apporter leur contribution à ces projets de végétalisations. Dernièrement, avec l’opération “Des Fleurs sur mon mur”, la municipalité a encouragé les toulousains à planter des fleurs sur leurs balcons, au pied de leurs résidences ou dans la rue, afin “d’embellir les rues, de favoriser la biodiversité et de créer du lien social”. Jean-Luc Moudenc a d’ailleurs précisé que “L’une des priorités sous ce mandat est de faire en sorte que chaque Toulousain se sente bien dans son quartier […] Le but est de mettre en place des projets à l’échelle micro-locale : ici des besoins de composteur, là de la débitumisation et de la végétalisation pour lutter contre un îlot de chaleur ou encore des abris à vélos sécurisés.”.

Des collectifs et associations y vont également de leurs idées afin de rendre la ville de Toulouse plus végétale. En mars 2020, un groupe de bénévoles s’est inspiré de la méthode du botaniste japonais Akira Miyawaki afin de faire pousser une micro-forêt, baptisée micro-forêt des Géants, dans le quartier de Rangueil. Plusieurs autres lui ont emboité le pas, dont celle de l’Université Paul Sabatier qui accueille déjà plus de 3000 chênes, érables, tilleuls et merisiers. En parallèle, une équipe de chercheurs du campus mènent une étude pour valider l’efficacité de ce type de forêts sur la biodiversité, la fixation du carbone et son impact sur le climat.

©Jean-baptiste.belloc - Wikimedia Commons

De nouveaux projets de micro-forêts sont en cours, notamment à Jolimont où 1200 arbres devraient être plantés près d’une école, par les élèves et les riverains. Cette méthode permet, en plantant des essences locales très densement, de transformer des terrains inutilisés en véritables refuges pour la biodiversité et espaces de fraicheur en ville.