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Écrit par Hervé Koffel publié le jeudi 11 juin 2026
Réhabilitation et extension de l'ENSA Toulouse : le chantier s'enclenche au Mirail
À Toulouse, la réhabilitation-extension de l'École nationale supérieure d'architecture (ENSAT) est entrée dans sa phase opérationnelle au printemps 2026. Le chantier, confié à Pierre-Louis Faloci, porte sur un bâtiment Candilis de 1971, labellisé Architecture contemporaine remarquable, au cœur du Mirail. Budget consolidé : 28 millions d'euros, livraison de la première tranche annoncée pour 2029.
Du concours 2020 au chantier 2026
La désignation du lauréat remonte au 1er octobre 2020. Le ministère de la Culture retient alors Pierre-Louis Faloci, Grand Prix national d'architecture 2018, à l'issue d'un concours ouvert en 2019. Le programme englobe la réhabilitation des bâtiments existants et une extension neuve. L'équipe de maîtrise d'œuvre annonce une surface totale d'intervention de 9 300 m² : 3 700 m² réhabilités et 5 600 m² d'extension. Les partenaires publics ont renouvelé leur accord de financement au printemps 2025, sur un budget consolidé à 28 millions d'euros.
Le livret étudiant 2025-2026, publié par l'ENSA Toulouse en octobre 2025, l'annonçait pour le printemps 2026. Le calendrier est confirmé et le lancement effectif des travaux préparatoires sur site a commencé, avec pose de la première pierre comme prochaine étape. La livraison de la première tranche est attendue pour le printemps 2029.
Donnée Valeur Année de construction du bâtiment d'origine 1971 Effectif accueilli (étudiants, enseignants, personnels) entre 650 et 750 personnes selon les sources Surface réhabilitée 3 700 m² Surface en extension 5 600 m² Budget consolidé (avril 2025) 28 millions d'euros Démarrage des travaux préparatoires printemps 2026 (en cours) Livraison de la première tranche printemps 2029
Un bâtiment Candilis labellisé Architecture contemporaine remarquable
Le bâti d'origine date de 1971. Il porte la signature de Georges Candilis, urbaniste-chef du Mirail aux côtés d'Alexis Josic et Shadrach Woods, équipe affiliée au Team Ten et à ses thèses critiques sur l'architecture moderne d'après-guerre. Le programme initial prévoit l'accueil d'environ 300 étudiants. Une première extension est confiée à Raymond Malebranche en 1974, prolongée par d'autres campagnes de travaux dans les années 1990. L'école dépasse aujourd'hui largement cet effectif initial.
Le label « Architecture contemporaine remarquable », obtenu en 2019, impose une vigilance patrimoniale particulière et favorise une logique de réhabilitation. Le label désigne, depuis 2016, les édifices de moins de cent ans dont la qualité architecturale mérite une attention particulière. Le projet doit composer avec un parti pris du « contenant libre, constamment transformable » cher aux concepteurs originels. Une école d'architecture rénove son propre socle pédagogique : l'exercice tient autant du chantier que du manifeste, à mi-chemin entre l'atelier de projet et le démonstrateur grandeur nature.
28 millions d'euros, après plusieurs allers-retours budgétaires
Le programme remonte au Contrat de plan État-Région 2015-2021. Inscrit en 2018, il subit ensuite la flambée des coûts de construction. Un premier appel d'offres, lancé en 2021, est déclaré infructueux. Un second appel d'offres, clôturé en avril 2024 après réajustement du projet, recueille 90 % de réponses jugées satisfaisantes par la maîtrise d'œuvre. Le démarrage tarde. Les offres expirent le 7 mars 2025, faute d'accord entre financeurs sur une facture grimpée à 33,5 millions d'euros. Une pétition publique, ouverte début 2025, réunit plus de 600 signatures. Le déblocage intervient au printemps 2025 et permet la reprise du calendrier, jusqu'au lancement des travaux préparatoires un an plus tard.
La répartition annoncée en avril 2025 se découpe comme suit : 13,1 millions pour l'État, 11,9 millions pour la Région Occitanie, 1,5 million pour le Département de la Haute-Garonne et 1,5 million pour Toulouse Métropole. France 3 Occitanie a depuis indiqué un engagement complémentaire de 2 millions d'euros par le ministère de la Culture en août 2025. Un quatuor d'argentiers publics réuni sur un même projet patrimonial, fait suffisamment rare dans le contexte budgétaire actuel pour mériter d'être souligné. La maîtrise d'ouvrage est portée par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée ; l'ARAC Occitanie, société publique locale, intervient comme mandataire.
Le Mirail comme cadre, le PRU comme moteur
Le chantier s'inscrit dans le Projet de Renouvellement Urbain (PRU) Mirail Université. Le PRU regroupe les opérations de requalification de l'espace public engagées dans le quartier depuis le début des années 2020. L'extension prévue par Faloci doit ouvrir un large parvis. Une nouvelle traversée piétonne reliera le quartier haut des Pradettes au parc du château et à l'université Toulouse-Jean-Jaurès en contrebas. La greffe urbaine joue sur les niveaux. Elle reconnecte un équipement universitaire à son tissu environnant, longtemps tenu à distance par l'organisation pavillonnaire du Mirail. À proximité, le marché des programmes neufs à Toulouse reste tiré par cette dynamique de requalification ouest.
Au-delà de la rénovation pédagogique, le chantier redessine la couture entre l'ENSAT et l'université Jean-Jaurès voisine, dans le sillage du PRU. Le pari se joue autant sur la pédagogie que sur le mètre carré utile, dans un bassin universitaire toulousain où la demande en résidences étudiantes neuves à Toulouse n'a cessé de progresser ces cinq dernières années.
Réemploi, bas carbone et chantier en site occupé
Le projet est porté par une équipe de maîtrise d'œuvre élargie : Pierre-Louis Faloci pilote l'opération comme architecte mandataire, épaulé par Egis Bâtiments Sud-Ouest (bureau d'études TCE), Etamine (BET environnement) et AcoustB. Les objectifs environnementaux affichés tiennent du référentiel pointu : label E+C- niveau E3C1, niveau 1 du label bâtiment biosourcé, béton bas carbone, recherche d'un confort d'été sans climatisation. Le référentiel E+C-, lancé par l'État en 2016, évalue conjointement la performance énergétique et l'empreinte carbone d'un bâtiment.
Une démarche de réemploi accompagne l'opération, sous la coordination de l'équipe de maîtrise d'œuvre. Le phasage tient compte de la continuité pédagogique : l'école reste en activité pendant les travaux. La phase préparatoire en cours sur le site comprend l'aménagement d'un parking provisoire, le déplacement du poste de transformation électrique et de la sous-station de chauffage, ainsi que l'installation de la base vie. Pratique exigeante, qui demande un calibrage millimétré entre travaux, cours et soutenances.
Paroles d'acteurs
Pierre-Louis Faloci, interrogé par Le Moniteur le 14 mars 2025, résume ainsi le travail de réajustement budgétaire : « Nous avons entièrement retravaillé le projet pendant des mois et mis en œuvre des solutions qui ont fait baisser le coût des travaux pour atteindre 20 millions d'euros ».
Le préfet Pierre-André Durand élargit la focale au-delà de l'école : « Nouvelle articulation avec la faculté Jean Jaurès pour créer un véritable campus commun » (source : Le Journal Toulousain , 9 avril 2025). La préfecture de la Haute-Garonne lie cette transformation à l'ambition affichée par le ministère : faire de l'ENSAT la deuxième école d'architecture française et la hisser au sein du réseau européen.